​Le projet de recherche Kdog de l’Institut Curie est un programme de recherche médicale qui vise à détecter le cancer du sein chez la femme, à son stade le plus précoce, grâce à l’utilisation de l’odorat des chiens, méthode peu coûteuse et non invasive. Le projet, initié par une infirmière titulaire d’un doctorat en sciences et ingénierie, Isabelle Fromentin, devrait entrer, fin 2020, en phase d’essai clinique. 450 femmes, dont la moitié ne sont pas malades devraient participer à ce projet.

Qu'est-ce qu'un chien renifleur ?

L‘odorat est le sens le plus développé chez les chiens, environ 35 fois plus que chez l‘homme. La membrane olfactive d’un chien (= organe de Jacobson) mesure 130 cm² (contre 3 cm² chez l‘homme) et le chien possède 60 à 200 millions de cellules olfactives (contre 10 millions chez l’homme).

Les chiens sont capables de détecter certaines substances dans une proportion très faible. Les hommes exploitent déjà cette caractéristique pour les aider à trouver de la drogue ou des explosifs. L’idée derrière l’utilisation de chiens pour détecter un cancer, est qu’il existerait des composés volatils produits par des patients souffrant de cancer que l’odorat des chiens permettrait de détecter.

Quelle est l'origine des chiens renifleurs de cancers ?

En 1989, la revue médicale, The Lancet, suggère d’utiliser des chiens pour détecter un cancer. L’idée est apparue lorsqu’une femme a confié à son dermatologue que son chien reniflait constamment son mélanome, grain de beauté cancéreux. 

Pendant la décennie suivante, il n’y a eu que quelques publications occasionnelles sur ce sujet. Puis, des études sur ce thème ont ainsi émergé dans différents laboratoires de recherche dans le monde. En Allemagne par exemple, des chiens ont réussi à identifier l’haleine de personnes atteintes de cancer du poumon.

En 2011, le Dr Olivier Cussenot, urologue et oncologue à l’hôpital Tenon à Paris, a mis en évidence la capacité des chiens à détecter le cancer de la prostate dans les urines : les cellules cancéreuses produisent des molécules volatiles comme les alcanes et les méthyl-alcanes dans les urines. « Nous essayons de reconstituer les combinaisons de molécules détectées par le chien et qui sont des signatures du cancer » explique Olivier Cussenot.

D’autres travaux ont également démontré que des chiens pouvaient détecter le cancer de l’intestin dans des échantillons de selles.

Le projet Kdog, c'est quoi ?

Le cancer du sein est le plus fréquent chez la femme : 54 000 d’entre elles sont touchées chaque année en France, et une femme sur huit sera un jour concernée. C’est en travaillant sur les plaies, les ulcères et leurs odeurs perceptibles qu'Isabelle Fromantin s’est interrogée sur les composés volatiles odorants non perceptibles par les humains mais qui le sont par les chiens.

Le déroulement de l’étude clinique

Le projet Kdog, c'est quoi ?Les chiens devront renifler des compresses que les femmes auront maintenu une nuit entière sous leurs seins. Imprégnées de sueur, ces dernières seront ensuite apportées aux chiens qui pourront les renifler dans des cônes.

Pendant sa phase d’éducation, le chien apprend à travailler tout en jouant. « Nous commençons d’abord par lui faire trouver son objet de motivation, son jouet, dans des boîtes, explique Isabelle Fromantin. Son jouet va ensuite être associé à une compresse sur laquelle est répandue l’odeur de la tumeur. Puis, nous enlevons le jouet afin que le chien ne retrouve que la compresse. »

Lorsqu’il y parvient, le niveau de difficultés augmente puisque le chien doit également apprendre qu’il peut ne rien y avoir sur la compresse et qu’il doit le signaler, comprendre que ce n’est pas une faute. A chaque réussite, le chien reçoit une récompense.

Les essais commenceront en septembre. En attendant, les chiens ont besoin de s’entraîner sur des compresses de malades ou non. Toute femme majeure n’ayant jamais eu de cancer et avec une mammographie de moins de six mois le prouvant peut demander par mail un kit à [email protected]

La méthode est la suivante : après une douche au savon neutre compris dans le kit, il faut appliquer une compresse sur chaque sein, mettre un soutien-gorge puis se coucher dans des draps propres. Au réveil, il est impératif de se laver les mains avant de manipuler les compresses qui doivent être déposées dans un bocal également fourni.

L’objectif de l’étude : Offrir des modes de dépistages variés

Le but de cette étude est d’aboutir à un outil fiable. « Après la publication de nos résultats, il appartiendra au ministère de la Santé de décider si ce mode de dépistage peut être prescrit. » fait savoir Isabelle Fromantin.

La technique n’a pas pour but de remplacer les tests déjà existants comme la mammographie. Il s’agirait plutôt d’une phase anticipée à un stade très précoce.

Les perspectives

« Aujourd’hui des équipes du monde entier travaillent à la détection du cancer par le biais de l’odorat canin, poursuit l’infirmière. Ce qui était vu comme une originalité il y a quelques années est aujourd’hui pris en compte par de nombreuses équipes de recherche et nous avançons sur le sujet. »

Si la France se concentre sur le cancer du sein et de la prostate, le Mexique travaille lui sur le cancer du col de l’utérus, les Etats-Unis sur la prostate, le poumon et les ovaires et la Hongrie sur le poumon. « En France, ce type de dépistage pourrait servir car toutes les femmes ne répondent pas au dépistage de masse pour le cancer du sein, conclut l’infirmière. De même qu’il n’est pas toujours évident pour les femmes en situation de handicap de se faire dépister, tandis que d’autres craignent les mammographies. Ce qui est intéressant, c’est d’avoir plusieurs solutions de dépistage à proposer. »

Il serait également envisagé d’échanger des échantillons à détecter entre les pays puisque les chiens sont spécialisés à la détection d’un seul type de cancer.

Le projet Kdog lancé en 2015 en France permet d’ouvrir de nouvelles perspectives de recherche en cancérologie avec en particulier l’identification de composés organiques volatils agissant comme biomarqueurs du cancer. Mis au point à partir des cancers du sein, puis de l’ovaire, le procédé doit concerner à terme tous les types de cancer.